Il n'en reste pas moins vrai que Staline refusa jusqu'au dernier moment de croire les rapports qui le prévenaient depuis de longs mois de l'imminence d'une invasion, allant même jusqu'à menancer de liquider ceux qui s'en faisaient écho avec trop d'insistance. Il semble s'être laissé paralyser par la hantise d'une provocation allemande, occidentale voire de ses propres chefs militaires. Il se raccrochait désespérément à l'idée que l'année était trop avancée pour que Hitler commette la même erreur que Napoléon. De ce fait, les troupes furent mises en alerte très tard et incomplètement, tandis que l'aviation put être détruite au sol. Et le matin même du 22 juin, l'armée rouge n'osait pas ouvrir le feu, ni n'avait le droit de franchir la frontière en cas de contre-attaque victorieuse...
Les purges de l'avant-guerre, en particulier celle de 1937, avaient meurtri l'Armée rouge, puisque la quasi-totalité des généraux modernisateurs et compétents avaient été éliminés. De même, sur cinq maréchaux, seuls avaient survécu les deux tenants inconditionnels de la cavalerie, amis de toujours de Staline, ennemis jurés des tanks... L'effort de modernisation tenté in extremis avant l'invasion, de même que la réintégration de milliers d'officiers purgés sortis en loques du Goulag (comme le futur maréchal Rokossovki) ne purent empêcher les désastres initiaux.