Théories raciales
Hitler avait présenté ses thèses raciales et antisémites dans son livre Mein Kampf (Mon combat), rédigé en 1924, lors de son incarcération dans la forteresse de Landsberg, après son putsch raté de Munich. Si son succès fut modeste dans un premier temps, il fut tiré à plus de 10 millions d'exemplaires traduits en seize langues jusqu'en 1945, référence de l'orthodoxie nazie du Troisième Reich.
Dans ce livre, Hitler expose ses théories racistes, impliquant une inégalité et une hiérarchie des « races », et son aversion particulière envers les Slaves, les Tsiganes, et surtout les Juifs. Présentés comme des « races inférieures », ils sont qualifiées d'Untermenschen (sous-hommes). Dans la fantasmagorie hitlérienne, les juifs sont une « race » de « parasites » ou de « vermine » dont il faut débarasser l'Allemagne. Il les rend responsables de l'effondrement de l'arrière et de la défaite allemande en 1918, ainsi que de la décadence culturelle, physique, sociale, de la prétendue civilisation aryenne. Mein Kampf recycle donc la thèse du complot juif déjà développée dans les Protocoles des Sages de Sion. Hitler puise son antisémitisme et ses théories raciales dans des idéologies de son temps. À Vienne, durant sa jeunesse, les juifs, bien intégrés dans l'élite, sont souvent accusés de la décomposition de l'empire d'Autriche-Hongrie. La haine des juifs est exacerbée par la défaite de la Première Guerre mondiale. Hitler s'inspire du darwinisme social, des écrits de Gobineau et de Houston Stewart Chamberlain.
Hitler reprend aussi dans Mein Kampf les vieilles doctrines pangermanistes de création d'un « espace vital » allemand (Lebensraum) en Europe de l'Est. Selon cette doctrine, les territoires habités par des Allemands doivent être unifiés. Puis, ils doivent être élargis, car trop étroits par rapport aux besoins matériels de leurs populations, et dans une position stratégique inconfortable entre des puissances hostiles à l'ouest et à l'est. Hitler cible également deux adversaires fondamentaux : les communistes et la France, considérée comme dégénérescente (car métissée de juifs et de noirs des colonies), et contre qui l'Allemagne doit se venger de l'humiliant Traité de Versailles.
Adolf Hitler fut obsédé par l'idée fallacieuse de pureté d'une prétendue « race » aryenne, la « race » supérieure dont les Allemands étaient censés être les meilleures représentants, tout comme les autres peuples nordiques (Norvégiens, Danois, Suédois). La notion de « race » aryenne devait être présentée comme une donnée scientifique, et des recherches anthropologiques ou des cours d'université furent menés dans ce sens (Himmler créa un institut scientifique, l'Ahnenerbe). En fait, les Aryens étaient un groupe de peuplades nomades vivant en Asie Centrale au IIIe millénaire av. JC et sans liens avec les Allemands.
La notion d'« aryen » devient avec Hitler un ensemble de valeurs fantasmagoriques que ces scientifiques nazis ont tenté de justifier par de prétendues données objectives. La « race aryenne » est assimilée aux canons esthétiques de l'homme germanique grand, blond et athlétique, tel que le représenta Arno Breker, le sculpteur favori d'Hitler. Parallèlement, Hitler développe un intérêt particulier pour le paganisme nordique pré-chrétien, plus conforme à ses théories raciales qu'un christianisme trop humaniste. La religion des dieux Wotan et Thor avait notamment été glorifiée par les opéras de Richard Wagner, dont Hitler était un fervent admirateur. Heinrich Himmler fut le fidèle hitlérien qui poussa le plus loin cette passion, et on retrouve ce symbolisme mythologique dans l'uniforme et les rituels des SS, « chevaliers noirs » du Troisième Reich.